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Les victimes de la répression :

Évoquer les victimes civiles tuées par balles implique une classification des  décès selon qu’il s’agisse de tirs accidentels, de tirs réflexes, d’exécutions sommaires, de massacres ou d’exécutions après jugement. Faute de témoignages et de documents, ces morts ont souvent été regroupés sous le terme « fusillés ».



Les victimes de tirs accidentels et réflexes

Il s’agit ici de civils tués dans une action de défense, la crainte des francs-tireurs ayant pu conduire les soldats allemands à faire feu sur des civils suspects. Ces décès peuvent aussi s’être produit de manière accidentelle (tir réflexe) ou sous l’emprise de l’alcool…

Ainsi, l'ouvrier Alexandre Devaux à Noyon, le garde-barrière Charles Catoire à Ribécourt, l'ouvrier Eckès à Senlis... furent victime de ces tirs-réflexes. A Esquennois, à Nogent-sur-Oise ou à Noyon, d'autres civils furent tués par balles dans des circonstances mal élucidées.


 

Le débitant M. Bodin, de Creil, reproduisant son mouvement de protection lors de la fusillade allemande.






Le nom de ces victimes, dont le nombre ne dépasse pas la quinzaine pour l’Oise, peut-être connu par les écrits de témoins, par les enquêtes ou par des actes d’état civil. Celui mentionnant la cause du décès de Mme Delbecq à Noyon le 19 septembre 1914 précise à tort « fusillée par des soldats allemands en son domicile » (sic). De même, la mort de Fédora Levaire n’est connue que par la retranscription de son acte de décès en 1920 dans lequel on apprend qu’il « a été le 17 septembre 1914 fusillé par les Allemands à Thiescourt, que par suite de l’occupation ennemie il n’a pu être dressé d’acte régulier ».

Stèle commémorant la mort de Mme Delbecq, « assassinée par des soldats allemands le 19 septembre 1914 » (cl. JYB)



Les exécutés sommaires et massacrés

On entend par exécutés, les victimes civiles ou militaires arrêtées et passées par les armes par la troupe d’occupation sans jugement préalable. Le nombre et le motif de ces crimes de guerre sont assez bien connus car la plupart se sont déroulés au début de l’occupation, ont marqué les esprits et ont fait l’objet d’enquête durant et après la guerre. En effet, en l’absence de jugement, ces exécutions sont considérées comme des crimes de guerre. Pour autant, l’autorité allemande se retrancha derrière l’article 2 de la convention de La Haye de 1907 indiquant : « La population d'un territoire non occupé qui, à l'approche de l'ennemi, prend spontanément les armes pour combattre les troupes d'invasion sans avoir eu le temps de s'organiser conformément à l'article premier, sera considérée comme belligérante si elle porte les armes ouvertement et si elle respecte les lois et coutumes de la guerre. »


Les violences contre les civils feront l’objet de publication de propagande par les Français.




Des représailles à l'égard de la population civile purent prendre des proportions importantes lorsque des combats furent livrés aux portes de la ville. Ainsi, le 2 septembre 1914, le commandement allemand n'hésita pas à faire incendier des quartiers entiers de Creil et de Senlis à coups de grenades incendiaires et de tubes enflammés en représailles aux accrochages de la journée. Lors de la "nuit rouge" de Senlis, durant laquelle les habitants avaient interdiction d'éteindre l'incendie, cent six habitations et la plupart des bâtiments administratifs et militaires furent détruits. La résistance supposée des habitants de la ville semble être à l'origine de ces mesures de représailles qui atteignirent leur paroxysme avec l'exécution du maire Eugène Odent et de six autres senlisiens à Chamant.


Dessin reproduit en carte postale de l’exécution d’Eugène Odent, maire de Senlis.





A Lagny, le 19 septembre 1914, la découverte d'armes par les Allemands fut à l'origine de l'arrestation de cinq civils : M. Lavaquery, chef cantonnier en retraite, et son fils au domicile desquels un fusil de chasse avait été trouvé ; M. Leclerc, cultivateur, qui détenait encore des cartouches ; M. Flamant, curé du village, qui n'avait pas bien effectué les perquisitions ; M. Picard, maire, rendu responsable de la mauvaise exécution des ordres par ses administrés. Tous les cinq furent passés par les armes dans un terrain attenant à la maison commune et enterrés dans la même fosse. Leurs corps furent inhumés le lendemain dans le cimetière.


Portrait de Paul Picart, maire de Lagny.

Un drame similaire se produisit le lendemain, 20 septembre 1914, à Chevillecourt, hameau de la commune d'Autrêches, où sept civils furent passés par les armes par des soldats du 1er bataillon du 82e Régiment d'Infanterie de Réserve. Louis Rollet, Léon Tempête, Edmond Vincent, Gustave Despierre, M. Lesueur-Leduc, M. Poisson et un inconnu de passage furent arrêtés et emmenés près du lieu-dit « Le Pont à la Planche » où ils durent creuser leur tombe avant d'être abattus. Cette exécution sommaire serait une mesure de représailles envers la population après que des coups de feu aient été tirés sur l'occupant, comme l’indique l'historique du 32e régiment d'infanterie de réserve allemand. Dans son récit, le Vizfeldwabel Schbibe du 2e bataillon détaille l’engagement des soldats allemands pris à partie par les soldats français (des chasseurs alpins, des éléments des 35e et 42e RI) et par des civils à Chevillecourt le 20 septembre : « Les habitants avaient pris part au combat de rue. Plusieurs avaient été arrêtés le fusil à la main et sur ordre du général de brigade, ils ont été fusillés. Les autres ont été évacués le lendemain et logés dans d'autres villages à l'arrière ». Le récit du Leutnant de reserve Lampe confirme la version : « Des habitants fanatisés se sont alors mêlés à leur tour au combat. Plus tard, ils ont trouvé une mort rapide suite à une condamnation selon la loi martiale ». La participation des habitants à la bataille fut confirmée par un Leutnant de reserve Guyot du reserve FAR 22 qui écrivit : « D'une maison, on avait sorti huit habitants qui furent amenés parce qu'ils avaient tiré des maisons et qu'on les avait pris le fusil à la main ». L’affaire de Chevillecourt fit l’objet d’une enquête officielle en 1919.

 


Plaque émaillée rappelant la mémoire des fusillés d’Autrêches (cl. JYB)

Les fusillés

Le terme « fusillé » est employé lors d’une exécution après jugement. L’armée allemande se référant à l’application de la loi martiale dans les pays occupés, elle fut la seule à juger les délits civils. Certains verdicts ont pu conduire à la peine de mort comme ce fut le cas pour Emile Georget dans l’Oise.

Jeune homme âgé de 16 ans, Emile Georget était apprenti imprimeur à Paris. Fait prisonnier le 5 septembre 1914 par des uhlans près de Meaux, il fut envoyé à l’arrière à Chauny (Aisne). Evadé, il trouva refuge chez le maire de Béthancourt (Aisne), M. Piot, qui l’aida dans son dessein de regagner les lignes françaises en lui donnant des provisions, un sauf-conduit, des faux papiers et une carte d’état-major. Il fut ensuite hébergé chez une débitante de Bussy (Aisne), Mme Lequeux, qui l’employa dans son commerce en le faisant passer pour son neveu. Elle ne parvint pas à le retenir et Emile Georget fut arrêté à Beaurains (Oise) muni de ses papiers sur lesquels il avait annoté des informations. Traduit devant un conseil de guerre pour espionnage, il fut condamné à mort et exécuté dans la cour de la caserne de Noyon le 17 octobre 1914. M. Piot et Mme Lequeux échappèrent à la mort grâce à l’intervention du maire de Noyon. Son corps fut exhumé le 14 septembre 1919 par son frère et son oncle pour être enterré à Cherbourg. Son nom est inscrit dans la crypte du monument aux morts de Noyon.

Ces exécutions de civils dans le département de l’Oise marquèrent les esprits et confortèrent l’engagement de la France pour la sauvegarde du monde civilisé contre la barbarie. La tragédie de Senlis fit ainsi l’objet de reportages et de nombreuses publications illustrées comme témoignage d’une guerre totale.

 

 






Détail d’une plaque aux victimes civiles dans la crypte du monument aux morts de Noyon (cl.JYB).